LISTEN
Aéroport de Berlin, 14h43, un certain 2 septembre.
« Les passagers du vol 441 en direction de New-York sont priés de se rendre à la porte d'embarquement numéro 9 ».
Je regarda alors Isaac. Ses yeux bleus étaient brillants. Jamais il n'aurait laissé transparaitre ses sentiments auparavant. C'était peut-être parce que nous nous connaissions depuis longtemps maintenant. Je baissa les yeux. Je ne pouvais plus le regarder. J'avais trop mal. Moi qui était impatiente de commencer une nouvelle vie à l'autre bout du monde, je n'avais même pas réalisé à quelle point tout ce que j'avais connu allait me manquer. L'Allemagne allait me manquer, mes parents sans doute, et puis lui. Isaac. J'eus un tel sentiment. Mon c½ur s'oppressa dans ma poitrine. Je savais que je devais le quitter. Je réalisais à peine. Je me blottis une dernière fois dans ses bras. Je me sentais tellement petite dans ses bras. J'adorais cela. L'envie de pleurer était tellement forte. J'émis quelques sanglots lorsque que je fus collée à lui. Il l'avait entendu, je le savais. Seulement, il a eut la finesse de ne pas m'en faire la réflexion. Voilà six mois que nous étions ensemble et je n'avais encore jamais pleuré devant lui. Du moins, jusqu'à cet instant.
- Tu es sûre que tu dois partir ? me demanda t-il avec une voix un peu hésitante.
- Je ne suis plus très sûre maintenant, chuchotais-je, encore dans son étreinte.
Ce n'est même pas dit que je sois reçue.
- Et nous ? Qu'est-ce qu'on va devenir ?Cette question me transperça le c½ur. Nous. C'était bien la première fois qu'il prononça ce mot nous concernant. J'ignorais ce que nous allions devenir. Je n'en savais rien. Tout ce que je savais, c'est que j'avais passé six mois merveilleux en sa compagnie, et que dire que la distance ne ruinerait pas notre couple serait trop prématuré.
- Je... Je n'en sais rien. Peut-être qu'il faudrait qu'on fasse une pause. Histoire de voir si la distance est vraiment un problème...
- D'accord. Mais je n'ai vraiment pas envie que tu partes. Je t'aime, tu sais. Jamais je n'avais décelé tant d'honnêteté dans sa voix. Jamais. La boule dans ma gorge me faisait tellement mal... A la place de lui céder, je lui souris faiblement. Le sourire le plus hypocrite de toute ma vie. J'essayais de parler, mais tout ce qui me venait fut une voix faiblarde, pas à la hauteur de mes sentiments.
- Je t'aime aussi. Je ne savais pas quoi faire à présent. Nous n'étions plus officiellement ensemble. Mais les sentiments y étaient. Je savais par contre que je devais me dépêcher afin de prendre mon avion. Nous étions déjà devant la porte d'embarquement, ce qui me laissait une petite marge devant moi. Je comptais lui faire dos pour partir, mais je me hissa plutôt jusqu'à ses lèvres pour lui déposer un baiser. Peut-être notre dernier.
- Tu m'appelles quand tu es arrivée, d'accord ?J'acquiesçai. Ce fut tout ce dont j'étais capable. Je tourna les talons et me dirigea vers l'hôtesse qui contrôla mon billet. Elle était souriante, mais elle remarqua bien vite mon visage décapité par la tristesse, alors je pus lire sur son visage comme... De la pitié, ou de la sympathie. Pendant qu'elle fit son travail, je me retourna. Il était là, parmi la foule, immobile. Les larmes sur mon visage étaient visibles maintenant. Je lui adressa un dernier regard avant de continuer mon chemin vers l'avion.
Au revoir l'Allemagne, bonjour New-York.
Aller à New-York avait toujours été mon rêve. Ces buildings, cette sensation d'éveil permanent, cette vie me fascinait. J'entra dans l'avion, chercha ma place et la trouva rapidement. Contre un hublot, heureusement. Je m'installa. A côté de moi, un homme d'un certain âge qui avait l'air tout à fait aimable. Il devait avoir la soixantaine, portait un chapeau melon brun qui laissait entrevoir quelques cheveux gris. Le vert de ces yeux contrastait avec le noir de sa peau.
- Voyons mademoiselle, il ne faut pas vous mettre dans des états pareils...Ah oui, je sanglotais encore. Je sécha rapidement mes larmes, malgré que j'aurais pu pleurer toute la journée encore.
- Qu'est-ce qui vous arrive ? Désolé si je parais curieux...
- Non, il n'y a pas de mal. Je pars faire mes études à New-York. Et mon petit ami reste à Berlin, lui. Enfin, ex petit ami.
- Ah, les amours... Vous savez, j'ai l'intime conviction que la ville de New-York est un petit pays à elle toute seule. L'endroit où on se sent chez soi lorsqu'on vient de nulle part. Il est impossible que vous ne fassiez pas de nouvelles rencontres là-bas. Qu'elle soient bonnes ou mauvaises, il vous sera impossible de les oublier. Cet homme n'avait peut-être pas tort. En tout cas, il ne répondait pas aux doutes dont j'étais éprise à propos de la relation que je partageais avec Isaac.
- Vous parlez en conséquence de cause ?
- J'ai rencontré ma femme à New-York. C'était dans un café de la 5ème avenue, en janvier 1979, il y a de ça trente ans maintenant. Elle était serveuse, et dès que je l'ai vue, ce fut le coup de foudre. Cela peut vous paraître idiot maintenant à vous les jeunes, mais à mon époque, le coup de foudre existait.
- Détrompez-vous, moi j'y crois encore. Du moins, j'aimerais y croire encore...
- Et vous, votre petit ami, pourquoi il est votre « ex petit ami » comme vous dites ?Cet homme était tellement franc. Cela m'en fit presque rire, malgré la situation dramatique dans laquelle je me trouvais. L'avion décolla doucement, mais la conversation avec l'homme me distrayait, évitant d'y penser.
- Vu la distance, on a décidé d'arrêter là...
- Ah, vous savez, si vous n'avez pas trouvé des chemins différents quand vous reviendrez à Berlin, alors peut-être que vous êtes faits pour être ensemble, et que votre amour est réel. Vous envisagez de faire quelle sorte d'études, au fait ?
- Hmm, dans les arts. Je vais auditionner pour entrer dans l'académie des arts de New-York. Je chante, disons ça comme ça... admis-je avec un rire nerveux.
- Bah j'attends d'écouter votre album tiens ! En tout cas, vous êtes une bien jolie jeune fille. Il y en a plus d'un qui serait ravi de mettre votre photo sur un CD.Nous rîmes en ch½ur. Je le remercia. Je ne connaissais pas cet homme, mais il était tellement gentil. Cela faisait plaisir de rencontrer des gens comme ça. Naturels, honnêtes, d'une bonté rare.
- Au fait, je m'appelle Richard. Richard Bäuman.
- Enchantée Richard, moi c'est Shaylee. Mais tout le monde m'appelle Shay. Dites moi Richard, pourquoi vous venez à New-York ?
- Très bonne question... En réalité, dans une semaine, c'est l'anniversaire de mariage de ma femme et moi. 29 ans.
- Mes félicitations ! Où est-elle ? demandais-je le plus naturellement du monde.
- Ah, malheureusement, elle n'est plus parmi nous. Elle nous a quitté il y a cinq ans. Cancer.
- Oh, oh mon Dieu, je suis tellement désolée, je, je ne savais pas... bredouillais-je, confuse
- Vous ne saviez pas, ce n'est pas grave. J'irais simplement sur sa tombe, y déposer des fleurs, et lui parler un peu. Je suis retournée en Allemagne depuis son décès, mais elle, elle est restée à New-York, notre ville.
- Votre amour pour votre femme est tellement pur. C'est beau ce que vous faites, déclarais-je pleine d'admiration.
- Eh bien, c'est ce que fait un homme amoureux ! Il ria aux éclats, ce qui me fit voir ses dents d'un blanc encore éclatant.
Vous savez, j'espère sincèrement qu'un garçon vous aimera d'un amour pur. Vous avez l'air d'une jeune fille bien, vous le méritez.
- Merci, c'est très gentil de votre part.
- De rien, demoiselle. Sur ce, je vais arrêter de vous embêter avec mes discours de vieux romantique, et je vais me plonger dans ce bon vieux bouquin. Je suis ravi que vous ayez arrêté de pleurer, en tout cas.
- Merci à vous ! Et je vous assure que votre discours ne m'a pas ennuyé.Le vieil homme me sourit à nouveau, sortit ses épaisses lunettes de la poche gauche de sa veste, puis commença à lire. Quant à moi, je sortis mon Ipod, mis une musique au hasard, puis regarda par le hublot. Des nuages à perte de vue. Je pensais à Isaac, encore et toujours. Dire que maintenant il ne sera plus qu'un souvenir dans ma tête, ou quelqu'un sur les photos... Je le revois encore, avec ses cheveux châtains tombant sur son front, ses yeux bleus me transperçant.
Qu'est-ce que New-York pouvait bien me réserver ? Peut-être que Richard avait raison. Peut-être que je ferais de belles rencontres là-bas. Que ma vie allait changer du tout au tout. Je changea de chanson et arrêta d'y penser. Nous verrons bien quand nous y serons.
New-York ? J'arrive.
____________________
Alors ? Que pensez vous de ce premier chapitre ? Décevant, ou peut-être pas ?
A votre avis, que réserve New-York à Shaylee, notre nouvelle héroïne ?
Est-ce que vous pensez que son amour pour Isaac continuera d'exister malgré la distance ?
N'hésitez pas à me donner votre avis ! J'ai hate de lire ce que vous pensez ;)
Au prochain chapitre !
Bisous, Alison.